« Un bon diagnostic permet souvent de résoudre un problème avant même de penser à une solution technique. »
Introduction
Depuis le début de cet ouvrage, nous avons étudié :
- les principes physiques des transferts de chaleur ;
- les propriétés thermiques des matériaux ;
- les stratégies passives ;
- les systèmes actifs de rafraîchissement ;
- les simulations thermiques dynamiques ;
- plusieurs études de cas.
Toutes ces connaissances doivent désormais être transformées en méthode de travail.
Que l’on soit :
- architecte ;
- ingénieur ;
- certificateur PEB ;
- auditeur énergétique ;
- entrepreneur ;
- expert judiciaire ;
- gestionnaire immobilier,
la qualité du diagnostic conditionne directement la pertinence des solutions proposées.
Un mauvais diagnostic conduit presque toujours à un mauvais investissement.
À l’inverse, quelques minutes d’observation méthodique permettent souvent d’identifier rapidement les véritables causes des surchauffes.
9.1 La méthode de diagnostic en dix étapes
L’expérience montre qu’un diagnostic thermique efficace suit pratiquement toujours la même logique.
Chaque étape répond à une question précise.
Étape 1 – Identifier les plaintes des occupants
Avant toute mesure, il est indispensable d’écouter les utilisateurs du bâtiment.
Les questions essentielles sont :
- Quelles pièces deviennent inconfortables ?
- À quelle heure apparaît la surchauffe ?
- Pendant combien de temps dure-t-elle ?
- Le problème est-il récent ou ancien ?
- Est-il présent toute l’année ou uniquement en été ?
Ces informations orientent immédiatement le diagnostic.
Étape 2 – Relever l’orientation
L’orientation constitue souvent la première explication.
Les façades :
- est ;
- sud ;
- ouest,
ne reçoivent pas le même rayonnement.
Une façade ouest est généralement la plus problématique pendant les canicules.
Étape 3 – Observer les vitrages
Les questions suivantes doivent être posées.
Existe-t-il :
- des protections extérieures ?
- des stores intérieurs ?
- des vitrages à contrôle solaire ?
- de grandes baies vitrées ?
Les vitrages représentent fréquemment la principale source d’apports thermiques.
Étape 4 – Vérifier les protections solaires
Le diagnostic doit préciser :
- leur type ;
- leur orientation ;
- leur état ;
- leur utilisation réelle.
Une protection solaire inutilisée est une protection inexistante.
Étape 5 – Examiner la ventilation
Plusieurs points doivent être analysés.
Le bâtiment bénéficie-t-il :
- d’une ventilation traversante ?
- d’une ventilation nocturne ?
- d’une ventilation mécanique ?
Les ouvrants permettent-ils un refroidissement efficace ?
Étape 6 – Évaluer l’inertie
Les matériaux intérieurs jouent un rôle majeur.
Présence de :
- béton apparent ;
- murs lourds ;
- planchers massifs ;
- cloisons légères.
Cette information influence fortement le comportement thermique.
Étape 7 – Identifier les apports internes
De nombreux bâtiments produisent eux-mêmes une quantité importante de chaleur.
Le diagnostic recense notamment :
- les occupants ;
- les ordinateurs ;
- les serveurs ;
- les équipements audiovisuels ;
- l’éclairage.
Ces apports sont parfois sous-estimés.
Étape 8 – Examiner les équipements techniques
Les systèmes existants sont analysés.
Par exemple :
- climatisation ;
- pompe à chaleur ;
- ventilation ;
- régulation.
Leur fonctionnement réel est souvent différent de leur fonctionnement théorique.
Étape 9 – Réaliser les mesures
Lorsque cela est nécessaire, plusieurs mesures peuvent être effectuées.
Les principales concernent :
- la température ;
- l’humidité ;
- la vitesse de l’air ;
- les températures de surface.
Dans certains cas, une caméra thermique apporte également des informations précieuses.
Étape 10 – Classer les causes
Toutes les observations sont ensuite hiérarchisées.
Les causes sont classées selon leur importance.
Les solutions sont proposées dans l’ordre de leur efficacité.
Cette hiérarchisation évite les investissements inutiles.
Tableau 9.1 – Les dix étapes du diagnostic
Étape | Objectif |
1 | Comprendre les plaintes |
2 | Vérifier l’orientation |
3 | Observer les vitrages |
4 | Contrôler les protections solaires |
5 | Analyser la ventilation |
6 | Évaluer l’inertie |
7 | Identifier les apports internes |
8 | Examiner les installations |
9 | Réaliser les mesures |
10 | Hiérarchiser les solutions |
9.2 La check-list de visite
Une visite de terrain ne doit jamais être improvisée.
La check-list suivante permet de ne rien oublier.
Enveloppe
□ Orientation
□ Isolation
□ Type de toiture
□ Couleur des matériaux
□ Inertie
Vitrages
□ Surface vitrée
□ Orientation
□ Facteur solaire
□ Protections extérieures
□ Stores intérieurs
Ventilation
□ Ventilation naturelle
□ Double flux
□ Ventilation nocturne
□ Possibilité d’ouverture
Environnement
□ Arbres
□ Ombres portées
□ Revêtements de sol
□ Façades voisines
Équipements
□ Climatisation
□ Pompe à chaleur
□ Régulation
□ Entretien
Occupation
□ Nombre d’occupants
□ Horaires
□ Apports internes
□ Équipements électriques
9.3 Les instruments du professionnel
Un diagnostic sérieux nécessite peu de matériel.
Les équipements les plus utiles sont :
- thermomètre numérique ;
- hygromètre ;
- anémomètre ;
- luxmètre ;
- caméra thermique ;
- enregistreur de température.
Ces appareils permettent déjà de réaliser la majorité des diagnostics.
Tableau 9.2 – Les principaux instruments
Instrument | Utilisation |
Thermomètre | Température de l’air |
Hygromètre | Humidité relative |
Caméra thermique | Ponts thermiques et températures de surface |
Anémomètre | Vitesse de l’air |
Luxmètre | Rayonnement lumineux |
Enregistreur | Suivi sur plusieurs jours |
Étude de cas
Un propriétaire souhaite installer une climatisation.
La visite révèle :
- une baie vitrée ouest de 18 m² ;
- aucun screen ;
- un store intérieur sombre ;
- aucune ventilation nocturne.
Le diagnostic conclut que :
la climatisation ne traite que les conséquences.
Après installation de protections extérieures, la température maximale diminue de près de 4 °C.
Le projet de climatisation est finalement abandonné.
Le coût des travaux est divisé par trois.
Encadré – Les erreurs les plus fréquentes
Au cours des expertises, plusieurs erreurs reviennent régulièrement.
Les voici classées par ordre de fréquence :
- Installer une climatisation avant de protéger les vitrages.
- Négliger la ventilation nocturne.
- Sous-estimer les apports internes.
- Confondre isolation et confort d’été.
- Choisir un équipement sans calcul préalable.
- Oublier l’entretien.
- Se fier uniquement au ressenti sans effectuer de mesures.
L’œil du certificateur PEB
Le meilleur outil du professionnel n’est pas la caméra thermique ni le logiciel de simulation.
C’est sa méthode d’analyse.
Une visite rigoureuse permet souvent d’identifier immédiatement les véritables causes des surchauffes.
Les appareils de mesure viennent ensuite confirmer les hypothèses.
Cette démarche scientifique constitue la base de toute expertise de qualité.
Transition
Le diagnostic constitue la première étape.
Encore faut-il ensuite choisir les solutions les plus adaptées.
Le prochain chapitre présentera des arbres décisionnels complets, permettant au lecteur de déterminer rapidement quelles interventions privilégier selon :
- le type de bâtiment ;
- le niveau de surchauffe ;
- le budget disponible ;
- les contraintes architecturales ;
- les objectifs énergétiques.
Ces arbres de décision constitueront un véritable guide opérationnel utilisable directement sur le terrain.
